
Attention, courts cultes ! Voici compilés une vingtaine de courts métrages de Richard Kern, un photographe connu des milieux underground pour son goût de l’excentricité et du bizarre. Ces petits films ont été tournés sur une décennie, entre 1982 et 1993, associant budget apparemment limité et thématiques extrêmes. Kern développe sa vision de l’amour, de la folie, du rêve, du désir, de la saleté, de la famille, de la violence conjugale, de la politique…, sans se départir d’un minimalisme structurel, privilégiant la démarche visuelle sur la cohérence ou le message. Certains courts métrages semblent en effet prendre du sens au fil de leur déroulement, quand d’autres laissent entrevoir des motivations plus obscures, plus sensorielles. Le premier DVD s’engage sur Death Valley (1969), finalement assez impersonnel lorsque l’on a visionné l’ensemble, un apparenté clip de Sonic Youth avec stock-shots de lâchages de bombes, d’atrocités. Le tout sur du punk qu’il faut quand même encaisser.
La suite fait mieux découvrir l’auteur, qui utilise facilement le noir et blanc, le flashy, l’image crasseuse, la voix off, et sous-tendrait un discours politico-social contre l’Amérique de Reagan. Rien de bien évident ou de très direct, toutefois, sinon une teinte nihiliste centrale. Parmi les meilleures pièces, voir the bitches (1992), où une blonde et une brune rivalisent de strip devant un beau ténébreux qui va finir par s’habiller en femme. Là, ce trio étrange fait l’amour à l’envers, si j’ose dire, quand l’homme se fait pénétrer oralement et analement par ses compagnes godemichées en ceinture. Image inversée mais banale du porno faisant apparaître les fantasmes humiliant des hommes envers les femmes, intensifiée par un final volcanique où notre beau ténébreux se fait gicler des décilitres d’un liquide laiteux sur la face et les fesses. Très bon. Un autre, fingered (1986), est un vrai mini road movie, assez long et bien réalisé, dont le parfum de survival fauché devient plaisant à suivre.
Kern utilise également des séances de performances pour pimenter la sauce de ses réalisations, notamment par le biais d’automutilations au cran d’arrêt ou de piercing « live » – Pierce (1990)-. Du piercing au fond d’une cave, bien sur, et par sur le nez mais sur les tétons d’une femme qui me semble partiellement regretter sa démarche au moment de l’incision. Heureusement, après, c’est le bonheur. Du mauvais goût, il y en a aussi, mais pas tant que ça. On pourra, à ce titre, rapidement passer sur nazi (1991), au cours duquel se déhanche une danseuse pro déguisée en flic. Il y aura toujours un public, pensai-je…

Le meilleur pour la fin, une étoile filante parmi tous ces courts forcément inégaux, visionnez Catholic, que mon obédience athée n’arrive pas à classer dans les apparitions de mauvais goût : une écolière (majeure bien sur) se déshabille, danse, s’habille, souffle des bulles sur une musique d’enfer, après son passage à l’église. Simple, direct, turgescent.
Cinéaste hybride associant des univers que ne renieraient pas Lynch et Ferrara s’il se lâchaient encore plus, Kern a le bon goût de réaliser ses effets spéciaux dédiés à quelques scènes gores. Une poignée d’actrices fidèles à son talent, Lydia Lunch, qui fait aussi certaines de ses musiques, et Lung Leg, hantent plusieurs de ses courts-métrages.
Les bonus contiennent des bandes annonces : Extra action, Llik you idol, Hard, Forbiden zone (comédie délirante assez recherchée). La jaquette mentionne 2 photos de Richard Kern, des notes de Jack Sargeant, auteur de “Deathtripping: An Illustrated History of the Cinema of Transgression” et un bonus caché.
Format: 1.33 d’origine – Durée: 3h10 – Langues: Anglais – Sous-titres: Français
L’édition dvd est disponible chez Le Chat qui Fume

18 novembre 2008
Article rédigé par rico
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