Avant d’aborder un livre de Peter Sotos, mieux vaut y être préparé : l’auteur n’épargne rien à ses lecteurs. A travers un malstrom de mots durs et crus, l’écrivain américain analyse rien de moins que la sexualité humaine. A un bémol près : il le fait avec un style unique qui en rebutera plus d’un.
Fasciné par les sévices sexuels sur les enfants, l’auteur nous «offre » une compilation de tous les faits divers sur le sujet. Il met parfois en scène les tortionnaires, endosse leur personnalité et nous livre des logorrhées mentales horriblement insupportables. Avec force détails et descriptions anatomiques, le fiel sort spontanément de la plume de l’écrivain.
Seul un recul solide permettra aux plus courageux d’arriver au bout de cette œuvre subversive aux multiples personnalités. Tour à tour analyste, justicier, violeur, racoleur ou philosophe, Sotos, tel une spirale infernale, emporte tout sur son passage. Dans cet amas indigeste, on pourra retenir quelques intéressants parallèles entre les pulsions pédophiles et celles de la pornographie « banale ». Il décrypte aussi le phénomène « lolita », un fantasme collectif aux consonances pédophiles et qui pourtant, semble accepté par notre société et parfois même médiatisé (voir notre Alizée nationale).
L’auteur aborde donc de nombreux sujets d’actualité, qui tournent principalement autour de la sexualité. Car au final, c’est bien la périphérie des comportements sexuels d’aujourd’hui qui l’intéresse. L’exploitation du sexe par l’image, les liens entre le sexe et la violence, l’homosexualité, les perversions et les maladies sont comme les ingrédients d’une terrible recette, jetés dans un mixeur fou.
Le style de l’auteur est particulier. Il alterne ce qui semble être de l’écriture spontanée, un gigantesque flot de descriptions horribles. D’autres passages sont plus calmes et prennent un peu de recul mais cela ne dure jamais très longtemps.
On change de personne à tout bout de champ. C’est une voix off, ensuite un commentateur, puis un interrogatoire ou une description de vidéo porno. Même si on ne sait pas très bien de quoi il s’agit, même si rien n’est dit clairement, on devine tout ce qui se passe et quel est finalement le message de l’auteur. L’expliquer en quelques mots n’est pas simple. Sotos décrit une ambiance, brosse le portrait d’une société à travers ses spécimens les plus effrayants et ceux que l’on comprend le moins bien.
Le plus troublant arrive lorsque l’auteur se met dans la peau d’un tortionnaire ou d’un père qui met sa fille sur le trottoir. Sotos devient littéralement le personnage, la violence gicle hors du livre, nous atteint de plein fouet et nous contamine. Ce processus est réellement effrayant car l’on vient à s’en interroger sur l’aspect imaginaire des pensées jetées sur le papier. Car Sotos mêle la fiction à des faits réels. Ainsi, la frontière entre l’auteur et le personnage se trouble. Pire, Sotos parvient à nous rendre voyeur puis complice, en d’autres termes, acteur des outrages extrêmes qui se déroulent dans ces histoires.
Site : www.editions-desordres.com
21 juillet 2008
Article rédigé par Jerome
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