9 songs ou la pornographie dans le cinéma moderne

Inclure de la pornographie dans un film “mainstream” ou un film d’auteur reste un fait assez rare. Pourtant ces dernières années, plusieurs réalisateurs s’y sont essayés. Une première solution consiste à prendre des acteurs oeuvrant dans le porno (comme dans Baise-moi de Virginie Despentes) et l’on a alors quelques problèmes avec l’épaisseur ou le type de personnages pouvant être interprétés. Si je ne nie pas que des acteurs porno sont capables de jouer la comédie (Rocco s’en sort plutôt bien chez Breillat), la plupart n’y arriveront pas.

On peut procéder avec des “body double”, c’est-à-dire des doublures qui remplacent les vrais acteurs au moment où ça devient trop chaud. Ce fut le cas dans Pola X de Léos Carax et dans La vie de Jésus de Brunot Dumont. Mais on constate assez rapidement l’artifice.

L’autre solution est bien entendu de convaincre de vrais acteurs de livrer leur corps et leur intimité pour le film. Tâche difficile mais déjà accompli subrepticement par Patrice Chéreau dans son film Intimité. Et c’est bien cela le concept de 9 songs. Il n’y a pas d’histoire à proprement parlé. On enchaîne les scènes de concert avec des scènes de sexe.

Là où le réalisateur Michael Winterbottom réussit son pari, c’est qu’il ne fait pas dans le spectaculaire et surtout pas dans le porno. Il ne filme pas tout en vidéo dégueulasse avec un gros plan fixe éclairé grâce un halogène de 1000 watts braqué sur les parties intimes. Au contraire, son cadrage place le spectateur quasiment “entre” les deux protagonistes et les différents éclairages mettent en valeur la nudité des corps de bien belle façon. Car il filme avant tout la passion dévorante d’un jeune couple un peu fou qui se découvre, et dont la relation va s’arrêter aussi brutalement qu’elle a commencé. Ce qui choque dans le film, ce n’est pas l’exhibition de zigounette, de foufoune ou même de pénétration, c’est l’intimité propre au couple. Comme la fiction se mêle à la réalité, on sent du coup très voyeur.

Car les actes sexuels qui sont montrés restent finalement assez soft. Fellation, cunnilingus, rapports vaginaux, et un brin de SM lors de la scène où la fille a les yeux bandés et se retrouve attachée au lit. Mais rien que des choses très habituelles !

Les scènes de concert m’ont par contre laissé totalement froid. Je ne suis pas fan des groupes qui figurent dans le film : Black rebel, motorcycle club, primal scream, franz ferdinand, etc. De plus, tout ou presque est filmé depuis les spectateurs, ce qui ne présent pas vraiment d’intérêt.

Michael Winterbottom est un réalisateur que j’aime beaucoup. Son cinéma est intense, souvent charnel. On reconnait son style à la fois brut et élégant, intelligent et provocateur, quel que soit le sujet qu’il touche. Il a déjà déshabillé des actrices aujourd’hui bien installées dans le showbiz. Kate Winslet s’offrait totalement dans Jude. Rachel Weisz y montrait aussi un bout de minou dans I want you, film brutal sur le désir et la frustration. Pour finir, saluons le duo d’acteurs de 9 songs, Margo Stilley et Kieran O’Brien pour leur performance et leur interprétation qui a dû demander beaucoup d’efforts et d’implication !

Commentaires (3)

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  1. Comment by blue:

    -J’ai eu l’impression que cet article dévoilait un peu trop la fin du film…
    -Sur le coup, je n’ai pas non plus compris l’intérêt des scènes de concert. Mais, je ne pense pas qu’elles visent à satisfaire les adeptes de ces groupes. Il doit y avoir un sens à ce qu’elles soient présentes et filmées de cette façon. Finalement je trouve que cela sert la visée artistique de film (même si cela se fait au détriment de son caractère excitant).

    J’aime beaucoup votre blog, Et je m’en veux d’être intervenu uniquement pour faire une petite réflexion, alors qu’il y aurait tant d’occasion de faire des compliments!

    Quel beau film! Aurons nous le plaisir de lire d’autres articles sur les films de Michael Winterbottom (”Jude” & “I want you”)?

    Posted on 15 août 2008 @ 15:14
  2. Comment by jerome:

    J’aimerais beaucoup revoir Jude et I want you. Je vais voir s’ils sont dispo en dvd. Je sais que Jude était difficilement trouvable il y a quelques temps…Ce sont des films difficiles à appréhender. J’avais lu également le roman Jude et je trouvais que Winterbottom savait bien lire entre les lignes !

    Désolé pour la fin du film mais pour ma part, l’intérêt ne se trouve ni dans la progression, ni dans le récit, mais simplement dans l’illustration. Je n’y voyais donc aucun “spoiler”…

    Posted on 24 août 2008 @ 22:42
  3. Comment by blue:

    En fait je suis assez d’accord: il ne s’agit pas du tout d’un film à intrigue. Pourtant vu le parti pris intimiste du film, j’ai apprécié de vivre cette histoire avec la même naïveté que ces amoureux qui tissent une étoffe dont ils ne découvrent le motif qu’après coup.
    L’article est très intéressant, et la remarque que je faisais ne va pas jusqu’à considérer qu’il gâche le film.
    Merci pour la réponse !

    Posted on 23 octobre 2008 @ 23:35

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