9 songs ou la pornographie dans le cinéma moderne

juillet 29th, 20089:59 @ Jerome

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Inclure de la pornographie dans un film “mainstream” ou un film d’auteur reste un fait assez rare. Pourtant ces dernières années, plusieurs réalisateurs s’y sont essayés. Une première solution consiste à prendre des acteurs oeuvrant dans le porno (comme dans Baise-moi de Virginie Despentes) et l’on a alors quelques problèmes avec l’épaisseur ou le type de personnages pouvant être interprétés. Si je ne nie pas que des acteurs porno sont capables de jouer la comédie (Rocco s’en sort plutôt bien chez Breillat), la plupart n’y arriveront pas.

On peut procéder avec des “body double”, c’est-à-dire des doublures qui remplacent les vrais acteurs au moment où ça devient trop chaud. Ce fut le cas dans Pola X de Léos Carax et dans La vie de Jésus de Brunot Dumont. Mais on constate assez rapidement l’artifice.

L’autre solution est bien entendu de convaincre de vrais acteurs de livrer leur corps et leur intimité pour le film. Tâche difficile mais déjà accompli subrepticement par Patrice Chéreau dans son film Intimité. Et c’est bien cela le concept de 9 songs. Il n’y a pas d’histoire à proprement parlé. On enchaîne les scènes de concert avec des scènes de sexe.

Là où le réalisateur Michael Winterbottom réussit son pari, c’est qu’il ne fait pas dans le spectaculaire et surtout pas dans le porno. Il ne filme pas tout en vidéo dégueulasse avec un gros plan fixe éclairé grâce un halogène de 1000 watts braqué sur les parties intimes. Au contraire, son cadrage place le spectateur quasiment “entre” les deux protagonistes et les différents éclairages mettent en valeur la nudité des corps de bien belle façon. Car il filme avant tout la passion dévorante d’un jeune couple un peu fou qui se découvre, et dont la relation va s’arrêter aussi brutalement qu’elle a commencé. Ce qui choque dans le film, ce n’est pas l’exhibition de zigounette, de foufoune ou même de pénétration, c’est l’intimité propre au couple. Comme la fiction se mêle à la réalité, on sent du coup très voyeur.

Car les actes sexuels qui sont montrés restent finalement assez soft. Fellation, cunnilingus, rapports vaginaux, et un brin de SM lors de la scène où la fille a les yeux bandés et se retrouve attachée au lit. Mais rien que des choses très habituelles !

Les scènes de concert m’ont par contre laissé totalement froid. Je ne suis pas fan des groupes qui figurent dans le film : Black rebel, motorcycle club, primal scream, franz ferdinand, etc. De plus, tout ou presque est filmé depuis les spectateurs, ce qui ne présent pas vraiment d’intérêt.

Michael Winterbottom est un réalisateur que j’aime beaucoup. Son cinéma est intense, souvent charnel. On reconnait son style à la fois brut et élégant, intelligent et provocateur, quel que soit le sujet qu’il touche. Il a déjà déshabillé des actrices aujourd’hui bien installées dans le showbiz. Kate Winslet s’offrait totalement dans Jude. Rachel Weisz y montrait aussi un bout de minou dans I want you, film brutal sur le désir et la frustration. Pour finir, saluons le duo d’acteurs de 9 songs, Margo Stilley et Kieran O’Brien pour leur performance et leur interprétation qui a dû demander beaucoup d’efforts et d’implication !