Jeune éditeur indépendant situé au Québec, Cinéma Abattoir propose un dvd fort original sous forme de compilation de courts-métrages.
Ritualis (de Pat Tremblay) nous plonge dans une pellicule accidentée. Des morceaux de films montrent par bribes un inquiétant rituel. Basé sur les sens, le film propose un montage épileptique et une étonnante variété d’effets visuels. Deux histoires semblent se dérouler en parallèle : le rituel proprement dit et les errances d’une espèce de chevalier au milieu d’un forêt enneigée. De nombreux blasphèmes (crucifix à l’envers) réjouiront les plus satanistes. Côté sexe, on peut apercevoir entre deux images subliminales, une étrange modification corporelle…
Maldoror (de Micki Pellerano et Nate Archer). D’un point de vue esthétique, le film imite le cinéma muet et expressionniste. Sur le fond, on y trouve : un type à l’air fou qui erre dans un cimetière, une sorte de vers monstrueux, une femme à demi-nue revenue d’entre les morts et nommée “Prostituion”. Ce film surréaliste s’inspire des écrits du Comte de Lautréamont, les chants de Maldoror.
Ki (de Karl Lemieux) est un film muet et en noir & blanc mais surtout c’est un film extrêmement granuleux et poussiéreux. A la fois lumineux et sombre, l’auteur propose de parcourir le corps d’une femme avec une caméra antique. Tout est très flou, sans aucun son (même pas de musique ou de bruitage). On croit distinguer ensuite un bout de masturbation puis un extrait de fellation. Difficile de décrypter les intentions de l’auteur si ce n’est faire un essai caméra. L’expérience ne dure que trois minutes.
Ass est un “flicker”, entendez une succession très rapide d’images, qui montre à la fois le cul et le visage d’une jeune femme en train de se faire du bien. Le tout baigne dans une lumière rose. Idéal pour choper une conjonctive à force de se frotter les yeux.

La fin de notre amour (de Hélène Cattet et Bruno Forzani) a été tourné en image par image. Mais point de personnages modelés ici. On y voit un homme travailler sur un livre d’anatomie. Ayant une petite soif, il avale une lame de rasoir avec un verre d’eau. Une femme gantée de noir prend forme à ses côtés. Avec ses éclairages de rouge vif et de bleu, ses gants noirs et ses armes blanches tels des fétiches, le film rappelle immanquablement le giallo, avec une ambiance toutefois plus bizarre. La technique originale est au point, l’acteur est bien expressif, ce qui est nécessaire pour offrir des émotions, l’espace d’une image fixe. La fin de notre amour dérange car on y fait l’amour à l’aide de rasoirs et car il y a des bouts de cervelle sur la table. Bref, tout ce qui est érotique devient ici mortellement dangereux.
Extase de chair brisée de Pierre-Luc Vaillancourt et Frédérick Maheux. Bande son saturée, noir et blanc cradingue, le film conte l’histoire d’une agression et d’un viol aux abords d’une voie ferrée. Les deux malfrats portent d’étranges masques métalliques et se comportent comme des “chiens humains”. Le clip est extrêmement violent, une violence complaisante qui rappelle furieusement les rape and revenge des années 70.
Au choix, Baby doll (réalisé par Serge de Cotret) est amusant ou terrifiant. Un pervers abuse sexuellement d’une poupée sur laquelle il a collé une photo de vagin.
The loneliest little boy in the world de Mike Derenewski. Encore une fois, nous avons un court-métrage avec un noir & blanc bien crasseux. Toujours adapté au sujet puisque nous y voyons une femme faire plus ou moins l’amour à une tête de cochon coupée
. Cela donne un bien joli kaléïdoscope d’images dédiées à la nécrozoophilie !

Avec sa bande son rock’n'roll, Paranoid met en scène Anne Hanavan dans une chambre d’hôtel qui s’amuse à se filmer dans un miroir. Expérience esthétique d’abord, la chose fait dans la provoc lorsque la blonde platine commence à se toucher avec un pendentif à l’effigie du christ.
En bonus, d’yeux (Monk Boucher) propose une succession de photomontages étranges sur fond de musiques classiques. Le résultat est un collage assez vulgaire qui brasse culture et pornographie de bas étage.
Quant à Imperatrix Cornicula (Jérôme Bertrand), il est apparemment filmé en 16 mm et montre une femme en train de se caresser avec… une poule, un plumeau, un truc ensanglanté avec des plumes. Et puis soudain, c’est l’attaque des corbeaux. Incompréhensible gloubi-boulga.
Résolument destroy, ce dvd nous offre un érotisme déviant et trash, une compilation bien fournie de courts-métrages très originaux et audacieux.



Site officiel : www.cinema-abattoir.com
16 mai 2008
Article rédigé par Jerome
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