Maîtresse de Barbet Shroeder

Jeune provincial, Olivier recherche l’aventure. Arrivé à Paris, il rejoint Mario qui l’embauche pour faire du porte-à-porte et vendre des livres d’art. En offrant leur service dans un vieil immeuble, ils font ensemble la connaissance d’Ariane. Ils découvrent peu à peu qu’Ariane est une dominatrice professionnelle et qu’elle reçoit des hommes dans un appartement secret pour se livrer à d’étranges mises en scène.
Critique du film :

Maîtresse est l’occasion de retrouver un Depardieu fringant, au mieux de sa forme, débordant d’énergie et incarnant avec un naturel bluffant ce jeune voyou un peu imbécile.Cette période est faste pour l’acteur car c’est aussi à cette époque qu’il a joué dans Buffet Froid (1978) et Les Valseuses (1974), deux chefs d’oeuvre du début de sa carrière.

Avec son film, Barbet Schroeder aborde de front le sado-masochisme. Les présentations sont faites lorsqu’Olivier et son ami pénètrent dans l’appartement secret où se cache un stock impressionnant d’accessoires en tous genres. Loin de se contenter du cliché du fouet, on y découvre aussi une garde-robe à tendance fétichiste en cuir et latex, un masque à gaz, des gadgets vampiriques, des outils de torture dignes de l’Inquisition ainsi que des instruments chirurgicaux.

Voilà déjà l’imagination qui galope, certains accessoires ne pouvant même pas être nommés par le néophyte. Heureusement, le réalisateur nous prend par la main et nous initie progressivement, à l’image d’Olivier, innocent voire simplet qui plonge par amour dans cet univers bizarre. L’étape suivante est la découverte de cet homme enfermé dans une cage et qui est traité par la Maîtresse comme un chien, littéralement. C’est une sorte de “gimp” de Pulp Fiction mais bien avant l’heure. Par ailleurs, Shroeder ne montre pas le SM avec un regard de vilain curieux mais le défend en montrant qu’il est pratiqué dans le cadre de certaines règles tacites et par des gens très bien élevés et psychologiquement stables ! Le spectateur lambda est donc comme Olivier projeté dans un milieu qu’il ne connaît pas et découvre parfois une univers surréaliste, sophistiqué et plus complexe qu’il n’y paraît. En effet, chaque soumis a son rôle et son scénario bien spécifique et il ne s’agit pas simplement de faire mal physiquement à l’autre.

Si l’on évite tout dérapage hard crad, le film n’en reste pas moins explicite et évocateur à plusieurs occasions. On retiendra la séquence mémorable de la fessée ainsi qu’une torture génitale qui met vraiment mal à l’aise, d’autant plus quand l’on sait que les soumis présentés ici sont tous authentiques. Bien sûr, tous les autres aspects soft de la domination sont illustrées : adoration des talons aiguilles, cravache, féminisation, urolagnie, etc.
Barbet Schroeder parvient à faire accepter tout cela car il illustre ses personnages non seulement par leur sexualité mais aussi par leurs sentiments. Le film est donc aussi une comédie romantique. Pour donner la réplique à Depardieu, Bulle Ogier interprète avec naturel la dominatrice ultime, professionnelle, qui répond à toutes les attentes de ses clients. Elle mène une double-vie : frêle et fragile le jour, elle est impitoyable la nuit.

Si Maîtresse a fait scandale à l’époque, le réaliser aujourd’hui serait tout simplement impossible. Le film se pose là en référence SM, décrivant en détail les fonctionnements de comportements souvent vus de façon trop simplistes. Les codes sont clairs, les règles sont bien établies et la transgression rompt la confiance; ce sont des jeux de rôles pour adultes consentants. Enfin, il y est bien sûr question d’explorer ses limites, le film proposant une réflexion que vous serez peut-être prêt à tenter ?

Disponible en dvd chez l’éditeur Carlotta Films.

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