Une vraie jeune fille

18 novembre 2007
Article rédigé par Jerome

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Catherine Breillat n’est guère aimée en France. Ses films sont assez souvent hermétiques, et l’on prend les images crues qui émaillent ses oeuvres pour de la provocation gratuite. Il est vrai que les propos de la réalisatrice sont rarement clairs. En même temps, comment serait-il possible de décrire la sexualité féminine de manière simple et exemplaire ? Elle se contente donc de poser des questions, donner des indices, et offrir sa vision très personnelle et torturée du rapport au corps, à la chair, au sexe. Breillat pratique également un cinéma quelque peu féministe. Les hommes ont une place de figurant mais pas dans le but de les mettre à un niveau inférieur; simplement ils ne sont pas ici le sujet central. Le point de vue offert est donc délibérément subjectif. On reproche également à l’auteur de tirer des généralités mais ce n’est que le public et les critiques qui déduisent cet état de fait. Les histoires de Catherine Breillat raconte, n’ont pas vocation à être universelles. Bien au contraire, une sexualité est unique pour chaque être et s’il y a des racines communes, les interrogations philosophiques de la réalisatrice ne sont pas des leçons. Le seul reproche que l’on pourrait lui faire est d’intellectualiser à outrance la sexualité jusqu’à parfois faire de l’étude clinique, munie d’un microscope. Breillat ne prend en effet jamais la sexualité au premier degré comme un besoin naturel teinté de romantisme. Elle veut comprendre, disséquer, étudier, bousculer, mais n’arrive et n’arrivera jamais, malgré des angles d’attaque différents, à faire le tour de la question.

Avec une vraie jeune fille, elle s’interroge sur la naissance de la sexualité, sans doute le moment où toute une sexualité se forme tant au niveau physique que psychologique. On imagine volontiers le film quelque peu autobiographique, l’histoire étant un assemblage de saynètes constituant autant de souvenirs de vacances. Ce film est certainement le meilleur et le plus clair de sa filmographie. Alice, perdue au pays des fantasmes, passe ses vacances dans les Landes. Elle part à la découverte de son corps et se voit troubler par la présence de Jim, un jeune éphèbe travaillant à la proche scierie. Du fait de son cadre estival, de l’âge de l’héroïne, il s’agit du film le plus lyrique et le plus poétique de la réalisatrice. Par conséquent, peut-être celui qui sera le plus abordable pour un large public, malgré quelques scènes que certains auront du mal à accepter.

La réalisatrice choque car elle attaque de front nos interrogations. Elle se demande en quoi une vulve est un élément érotique pour l’homme. Elle se pose la question de la pertinence du coït, si habituel et ancré dans l’être humain. Elle s’interroge sur la dégradation ou l’auto-dégradation dans le but de plaire et de provoquer du désir. L’avilissement comme source de plaisir est récurrent chez Breillat mais jamais elle ne semble l’accepter et donc verser dans un aspect purement masochiste.

A côté du quotidien de vacances, nous avons donc droit à des images choquantes, mais qui s’inscrivent très bien dans ce récit personnel. On retiendra la scène mémorable où Alice est maintenue à terre, jambes écartées, et où Jim essaie de lui introduire un vers de terre. Alors que Romance avait fait son petit scandale à l’époque, Une vraie jeune fille reste plus méconnu et pourtant plus brutal, mais sans doute aussi plus sincère et spontané.