
Jean-François Davy connaît depuis peu une seconde jeunesse. Après la sortie de son film Les aiguilles Rouges (2006) et du coffret Exhibition (critique in Cinetrange), voici rassemblés quelques-uns de ses chef-d’œuvres, enfin… de ses classiques.
Les quelques bonus et articles parcourus font apparaître un réalisateur attaché aux décennies liées à la libération sexuelle tout en évoquant volontiers ses excès. Un homme éclairé, cultivé, intelligent. Nous serons moins dithyrambique sur la qualité générale de ses films, combinant un humour testant notre indulgence et un érotisme à l’audace d’un autre age. Si les titres ont le mérite incantatoire de nous prévenir : Bananes mécaniques, Prenez la queue comme tout le monde…, le contenu est parfois pénible à s’enfiler, si je puis dire. Pourtant, ces œuvres méritent d’être visionnées, l’intérêt aujourd’hui étant moins esthétique qu’historique. Davy fut l’un des brise-glaces pionniers du cinéma érotique dans ce qu’il pouvait incarner de transgressif à l’aune d’une censure mise à rude épreuve. Afin de comprendre l’intérêt et les motivations de ses films, il est précieux de se replonger dans un contexte culturel que Jean-François Davy apprécie toujours, au fil des bonus, de décrypter.
La parenthèse des années 70 permit à la pornographie de se démocratiser, tandis que l’érotisme naviguait au sein de la censure entre esthétisme photogénique sublimé par David Hamilton et paillardise artificielle. Davy reconnaît cet aspect totalement irréaliste et farfelu de ses oeuvres. Tout commence après la sortie de son film considéré aujourd’hui d’ « auteur » Le seuil du vide, avec Catherine Rich et Pierre Vaneck, lorsqu’on lui propose un film de vampire : Vampirissima, un script où le gag type est de sucer le sang des humains à la paille. Ca commençait bien… Il engage alors son complice chef-op et toute une équipe mais la production lui annonce rapidement l’arrêt du lancement du film. Davy, qui s’achète entre temps une maison sans un rond en poche, se retrouve endetté jusqu’au cou et s’oblige à pondre en 15 jours un scénario dans la maison fraîchement achetée pour monter un projet susceptible de relancer ses finances. Il imagine 5 filles désoeuvrées squattant une demeure et pimentant crescendo leur quotidien bohême. Le style attendu constituera un savant dosage de comédie et d’érotisme. Il réunit 20000 francs et lance l’affaire avec prêt de pelloche etc… «Une espèce de grâce s’installe » expliquera l’auteur. Il choisit des filles « sympas » mais parfois instables, dont l’une sera remplacée au pied levé par … la sœur de Davy, qui invite d’autres copains à la fête. Le film est tourné en 16mm avec prise de son directe. L’improvisation règne en maître et Davy se marre aujourd’hui des lacunes de son scénar. Au terme de trois semaines de tournage, il lui restait un quart du film à tourner mais la plupart des membres de l’équipe commençaient à prioriser d’autres aspects de leur carrière. Davy impose alors une cadence de galère et projette de finir le film sans pause. Il tournera 36 heures non stop, mais son Bananes mécaniques est dans la boite.
Le début des seventies, années des premières comédies paillardes de Davy, est un grand mouvement de liberté. Le réalisateur aime rappeler combien la culture musicale et cinématographique répondaient à d’autres normes que celles d’aujourd’hui, notamment en citant l’exemple amusant du groupe big bazar au sein duquel tous les artistes, de Michel Fugain au dernier des danseurs inconnus, étaient sur le même plan, tous également rémunérés. Concept difficilement imaginable aujourd’hui. Nous étions bien dans l’épanouissement de l’après 68. Un film comme Bananes mécaniques reste pour son auteur un grand moment de liberté, de spontanéité, de naturel. Davy use d’un certain style, dont il reconnaît quelques emprunts à Lelouch, comme de continuer de filmer après les coupez ! Ou de donner aux acteurs le texte au dernier moment. Il n’hésite pas non plus à parodier certains classiques comme les films de Leone ou L’aventure c’est l’aventure … Reconnaissant volontiers que sa série de films paillards n’est pas vraiment excitante, Davy souscrit aux effets de style de l’époque en terme d’érotisme, souvent retrouvés dans le genre : gymnastique kamasoutra, rebondissements aussi inventifs que possibles… Tout ou presque, étant dans le rythme.
Prenez la queue comme tout le monde, sorti un an plus tard fera aussi bien en terme de succès public: 1 million de spectateurs salle. Film urbain tourné en décor naturel à Paris, les conditions de tournage sont différentes : les acteurs rentrent chez eux le soir, le budget est meilleur, l’équipe se professionnalise. De l’aveu du réalisateur, c’est un vaudeville ; l’histoire d’un homme qui jongle avec son emploi du temps pour satisfaire ses maîtresses, mais qui devra faire face aux traîtrises de ses amis. Prenez… enfonce la page du burlesque, la fin de l’ère pompidolienne permettant de diffuser à nouveau cette ambiance d’insouciance, caractéristique de nombreuses comédies d’alors. Elle crée un érotisme se démarquant du réel, de la vie courante. Cela n’empêche pas la critique d’éreinter le film. Tombé en disgrâce face à ses collègues depuis son passage du Seuil du vide à Bananes mécaniques, Davy force le trait en maintenant une ligne directrice avec son film suivant.
Q est considéré comme le troisième volet de sa trilogie paillarde. Davy monte sa maison de production et veut satisfaire ses ambitions jusqu’au bout. Mais l’époque marque un tournant : l’automobile s’écroule, Giscard va être élu… Le film prend alors un ton un peu plus sérieux, retraçant l’histoire d’une maison close pour femme, où les garçons apprennent les règles de l’amour revendu et se prostituent. L’affaire se complique lorsque l’heureux monteur du projet se présente aux élections tout en tombant amoureux de la fille du premier ministre, conférant au film un jour politique. Restent les scènes du bordel version clientes féminines, assez drôles et féministe. A la grande surprise de Davy, le film est programmé par Gaumont, maison réputée plutôt bourgeoise , mais il aura moins de succès que ses prédécesseurs, sûrement par son style plus « Mockyen » au rythme survitaminé. Davy est déçu mais convient que Q parodiant le Z d’un Gavras, c’était gonflé… Plus enlevée, mieux réalisée et tout de même un peu plus chaude qu’une compilation de Max Pecas, la trilogie reflète une des facettes du talent de Jean-François Davy, dont la démarche documentariste d’Exhibition reste pour moi la plus aboutie de sa carrière.
24 novembre 2007
Article rédigé par rico
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