La bête de Walerian Borowczyk

16 octobre 2007
Article rédigé par rico

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 Je m’en vais vous conter une bien belle histoire. Celle d’un film français de 1975 ayant provoqué l’émoi à l’époque de sa sortie, même si la version alors proposée n’était pas la X-rated ici rapportée.
“Les rives inquiètes sont réellement une folie passagère”. Citée en prologue, cette énigmatique affirmation de Voltaire me semble à la hauteur du sujet du film, en dépit du fait que je n’y trouve aucune relation thématique ou philosophique. Enfin, une citation introductive d’une œuvre, ça en jette toujours un peu.
“La bête” s’introduit par un long plan animalier centré sur la saillie d’un étalon, ne reculant devant aucun détail organique de l’acte et surtout, filmé avec une complaisance d’emblée suspecte. Autour de cette scène suitante de phéromones déclinent les premiers personnages, humains eux ; lesquels construiront peu à peu les jalons de l’histoire, contemporaine. Nous comprenons rapidement, malgré le doublage anglais médiocre, que le maître des lieux, déjà riche marquis dit “ de l’espérance ”, complote autour d’héritages et de testaments. Il s’attache donc soigneusement à s’occuper de son fils Mathurin, en le rasant et en organisant un baptême pré-nuptial (assez incestueux, le plan…le père rasant délicatement son fils). La promise est attendue d’un moment à l’autre…
Et justement, la voilà qui entre en scène, accompagnée de sa tante, d’aspect sévère et prude. Toutes deux sont accompagnées en voiture par un placide chauffeur de limousine. On découvre vite que Lucie, c’est son prénom, est une coquine. Lors d’une pause sur la route, elle s’amuse à photographier un gros tronc d’arbre scié à mi-hauteur, érectile, le tout avec candeur et naïveté, cela va sans dire.

 

La rencontre des deux parties est aussi froide que les ébats du valet du Marquis sont chauds avec la fille de ce dernier. Une première scène érotique crue, mais réussie. Délaissée par le valet quémandé par le marquis, la jeune femme s’abandonne sur le rebord d’un lit qu’on rêve de remplacer. Mais je m’égare. Le repas de “ pré-mariage ” est donc assez glacial. Mathurin est tout beau tout propre mais un peu autiste quand même, et très malaisé face à la gente féminine. Il est gauche et s’excite brutalement comme un damné à la fin du repas. Serait-ce à cause de son plâtre disgracieux autour de sa main gauche ? Mystère pour le moment. Cela n’empêche pas Lucie et sa tante de se préparer à entamer leur première (et dernière) nuit au château, tandis que le marquis se débat pour qu’un cardinal soit présent à temps pour la cérémonie, alors qu’un prêtre est déjà sur place. Le réalisateur n’hésite pas une seconde à nous exposer celui-ci tendance clairement pédophile avec ses deux enfants de cœur, histoire d’en rajouter dans le malsain, même si ça ne s’imposait pas. Lucie, peu offusquée de l’esclandre de son futur époux, s’en va se coucher, et c’est là que le film devient fou, ésotérique.
Prise d’une sensualité enveloppante, la belle se fait du bien avec une rose dans l’entrejambe et ses pensées (ou le montage du film) nous plongent deux siècles auparavant, dans ce même château. Une donzelle fringuée XVIIIème joue du clavecin et s’en va courser un agneau dans la forêt, alors que des pattes griffues rodent dans les parages. Le film choisit ensuite une construction de mise en parallèle entre Lucie se réveillant à plusieurs reprises pour découvrir progressivement que Mathurin, endormie à quelques pas, se transforme tranquillement en monstre poilue, et des scènes hallucinantes montrant notre donzelle royaliste se faire trousser par la bête des bois.

Je vous laisse découvrir la fin du film, car un jour ou l’autre, il faudra bien que vous tombiez sur ce film. Le DVD est pauvre mais la version originale proposée est radicale. Le film est assez hors norme, par son contenu, mais surtout par sa forme. Borowczyk se fout du mythe de la descendance ou de la réincarnation. Si Mathurin est le dernier de la lignée, et qu’il faut trouver à tout prix une génitrice, c’est cool. Mais ce qui intéresse l’auteur, c’est le jus. Je m’explique. “ La Bête ” sort en salle en plein boum du porno. Les scènes finales empruntent au film X pour que l’amour animal en chacun de nous ne soit plus symbolisé, mais explicite, sous nos yeux incrédules ! L’ancêtre femelle (oups pardon, de sexe féminin), finit par prendre beaucoup de plaisir à ce qui s’apparentait au début comme un viol. La bête se fait tendre, et même bien plus fragile que la femme. Il faut dire que notre donzelle s’avère experte dans la jouissance masculine. Et c’est là qu’on se marre un peu parce que le réalisateur utilise les moyens que se réserve la pornographie pour exprimer la jouissance du mâle. En clair, vous voulez du liquide séminal, Borowczyk le fait couler à flot. Et puis ça tombe bien, le wookie n’avait pas du faire l’amour pendant des années, alors il gicle l’animal !! Comme dans le porno. Ben oui. Alors vous choisissez : sur la bouche, les seins, le dos ? Borowczyk vous l’offre. Prenez le.

Dvd édité chez Cult Epics